Miyamoto Musashi de son vrai nom Shinmen Bennosuke est probablement une des personnalités japonaises les plus reconnues dans le monde entier. Successivement homme d’épée, auteur et artiste, il est un modèle pour la littérature nippone mais c’est avant tout une légende vivante qui a su faire parler de lui à travers l’histoire.
Aujourd’hui, lançons-nous à corps perdu dans la légende du sabreur le plus connu du Japon,

Musashi Miyamoto : un guerrier

Son nom complet était Shinmen Musashi-no-Kami Fujiwara no Harunobu :
– Musashi-no-kami était un titre honorifique (et obsolète) dispensé par la cour impériale le rendant gouverneur de la province de Musashi (dans la région de l’actuelle Tokyo).
– Fujiwara est le nom de la lignée aristocratique à laquelle il appartient.
– Harunobu était un nom cérémoniel, similaire à un prénom composé pour gentilhomme, notamment utilisé par tous les samouraïs de haut rang et les nobles de Cour.

Toutefois, c’est sous le nom de Miyamoto Musashi qu’il est le plus connu, et je suis sûr que ce nom te dit quelque chose… Je me trompe ?


Maintes fois repris et retranscrit dans le manga et la littérature, Miyamoto n’arrête pas de faire rêver. Célèbre Maître Bushi, Miyamoto n’est pas seulement le plus célèbre escrimeur du Japon, c’est aussi un artiste, un philosophe, un auteur, un stratège, un calligraphe, un peintre, et la liste est encore longue.

Arrêtons-nous un instant sur le statu quo que ces informations nous apportent, veux-tu cher lecteur, et posons-nous les questions suivantes : qui était-il vraiment ? Et pourquoi passionne-t-il autant les mangaka ?
Lié au clan Akamatsu pour service rendu par son grand-père, Musashi héritera du nom du seigneur de ce clan : Shinmen. C’est sous ce nom qu’il signera son fameux Traité des cinq roues. Né alors que son père décide de s’éloigner de l’influence du clan.
Musashi naît à Miyamoto-Mura un petit village non loin du clan. On suppose c’est que de là qu’il tire l’origine de son pseudonyme : Miyamoto Musashi.
Cependant, cette information est à prendre avec des gants puisque dans son Traité des cinq roues (Gorin no Sho), Musashi écrit : « Je suis né dans la préfecture d’Harima ». Son lieu de naissance est donc sujet à controverses.

Privé de son père à l’âge de 7 ans, Musashi fit ses premières passes d’armes très jeune. Ainsi, c’est à l’âge de 13 ans qu’il combattit en duel et tua pour la première fois. A 16 ans, il participa à la célèbre bataille de Sekigahara (1600). Engagé dans le camp des perdants, il fut laissé pour mort sur le champ de bataille mais survécut à ses blessures. Alors, au cours des 13 années suivantes, il participa à une soixantaine de duels, la plupart avec un sabre en bois (bokken) alors que ses adversaires avaient de vrais sabres (nihongo).

Il défia et anéantit à lui seul la totalité de l’école d’escrime Yoshioka, en se battant contre 60 combattants (certaines sources mentionnent qu’il aurait tué 79 disciples) C’est lors de cet affrontement qu’il pratiqua pour la première fois sa technique si célèbre des deux sabres qu’il développera par la suite.
Il devint dès lors un adepte de Kenjutsu. Le Kenjutsu est l’art du sabre des samouraïs. Il appartient aux anciens arts martiaux japonais et entre dans la catégorie des bujutsu, les techniques guerrières du Japon féodal. Son premier vrai duel eut lieu en 1612 contre un autre grand escrimeur nippon : Sasaki Kojirô qu’il vainquit probablement sur l’île de Funa.

Cependant, à noter qu’à part Arima Kihei, son premier adversaire, dans aucun texte écrit par Musashi, il ne mentionne directement ses adversaires. Il ne nomme pas Sasaki Kojirō, Nagatsune Hachiemon ou Shishido Baiken, pas plus que la famille Yoshioka alors que nombre d’entre eux sont restés célèbres.
Bien des années plus tard, il fut chargé du commandement d’un corps d’armée du seigneur Ogasawara et participa au siège du château d’Hara en 1638.

A l’âge de 59 ans, Musashi partit pour le mont Iwato, situé près de Kumamoto, où il s’installa dans la grotte de Reigandō (« Grotte du roc-esprit »). Il y disposa une table basse et commença à rédiger le Gorin no Sho (Traité des cinq roues).

Musashi : un artiste

Musashi s’intéressait beaucoup à l’art en général. Il fut un calligraphe hors pair ainsi qu’un peintre reconnu dont les productions de Sumi-e (peinture à l’encre) sont admirables encore aujourd’hui. Inspirée du peintre chinois Liang Kai et de l’école Kano, une de ses œuvres les plus connues est sa représentation de Daruma, le fondateur du Zen.


Il s’intéressa également à la sculpture, à l’encre de Chine ou encore à l’art des jardins : il conçut même un jardin à Kumamoto qui fut malheureusement détruit lors de la Seconde Guerre mondiale.

Musashi s’inscrit dans la tradition des grands artistes de l’archipel nippon tel que Hiroshige, Bashô ou Hokusai, puisant son inspiration artistique au coeur de la beauté de la nature elle-même.


Une partie des œuvres qu’il produit à cette époque est encore accessible aujourd’hui à l’abri des murs du Musée Eisei Bunko.

Musashi, un héritage :

Musashi fut le fondateur de l’école de Kenjutsu Hyoho Niten Ichi Ryu. Nombre de ses écrits sont des manuels d’étude qui y étaient employés. Mais le plus important est probablement le Traité des cinq roues (Go rin no shô) écrit à l’âge de 60 ans.
Musashi écrivit en quelque sorte son testament au travers du Traité des cinq roues. Plus tard, sentant sa fin approcher, il écriva le Dokkōdō (La voie à suivre seul), la conclusion ultime de son existence, par l’énumération des principes qu’il s’était efforcé de suivre toute sa vie :

Ne pas contrevenir à la Voie Immuable des Hommes.
Ne pas rechercher les plaisirs du corps.
Être impartial en tout.
Penser à soi légèrement, penser le monde avec profondeur
Se tenir loin de la luxure.
N’avoir aucun regret.
Ne pas jalouser autrui, en bien ou en mal.
Ne pas être attristé par les séparations.
Ne pas se laisser aller aux complaintes ou aux rancunes vis-à-vis des autres ou de soi-même.
Ne pas se laisser guider par le désir amoureux.
N’avoir aucune préférence en toute chose.
Ne pas rechercher son confort.
Ne pas rechercher les mets les plus fins afin de contenter son corps.
Ne pas s’entourer d’objets en vue de les utiliser dans un avenir lointain.
Ne pas laisser de fausses croyances guider nos actes.
Ne jamais être tenté par aucun objet autre que les armes qui sont utiles.
Avancer sans craindre la mort qui se dresse sur la Voie.
Ne pas chercher les richesses en vue de ses vieux jours.
Vénérer les bouddhas, mais ne pas compter sur eux.
Abandonner son corps mais pas son honneur
Ne jamais abandonner la Voie de la Tactique.

Musashi dans la littérature :

Il est vrai que la vie de Musashi et l’intransigeance spartiate dont il fait preuve jusqu’à sa mort sont une source inépuisable pour les mangaka.
Musashi, par sa vie et ses préceptes, représente parfaitement le Bushido et la voie chevaleresque personnifiée. Il représente un code de droiture parfait, un idéal de pensée qui se prête parfaitement à un héros de fiction.

Le manga :
L’œuvre la plus flagrante est bien évidemment Vagabond.
Véritable manga historique et œuvre maîtresse du célèbre mangaka Takehiko Inoue. Ce dernier se lance dans un projet fou : retracer, avec assez de libertés, les grandes lignes de la vie de Miyamoto Musashi.

Le manga commence à la fin de la bataille de Sekigahara. On suit Shinmen Takezo (le futur Miyamoto Musashi) et Matahachi, deux jeunes garçons rescapés de la célèbre bataille et déserteurs. Afin d’échapper à l’éxécution, Takezo devra prendre les armes et se défendre. Il sera considéré comme un vrai démon de par son goût prononcé pour les combats et sa force incroyable. Il décidera de prendre la route en tant que ronin (samurai sans maître) à la recherche des plus grands bretteurs afin de parfaire son art et de devenir un jour le meilleur samurai de l’archipel. De son côté Matahachi essaye courageusement de mériter son nouveau nom : Kojiro Sasaki ! Pas de conjoncture, l’œuvre retranscrit l’histoire du célèbre sabreur.

Les romans :

La Pierre et le Sabre et La Parfaite Lumière sont sûrement les deux romans les plus connus, tous deux de la main du même auteur : Eiji Yoshikawa.
Vraie histoire de cape et d’épée japonaise, ces deux romans sont un témoignage authentique de la vie des Japonais du 17e siècle. Véritable ode à Musashi, les deux œuvres retracent toute la vie du personnage. Elles sont également la base de nombreuses inspirations à de futures adaptations cinématographiques et littéraires.

Le Traité des cinq roues

Le Traité des cinq roues est plus qu’un manuel d’apprentissage martial, c’est aussi la dernière empreinte autobiographique de Miyamoto Musashi. C’est l’aboutissement d’une vie guerrière, philosophique et artistique qui nous est léguée.
A cœur sincère, voie droite. Nous avons ici un texte lumineux sur l’essence même des arts martiaux qui transcende la violence et devient alors l’art de vivre et d’agir. C’est une leçon à méditer et à pratiquer, car l’esprit de l’art de l’épée peut s’appliquer à tous les gestes de la vie quotidienne.

Je conclurais avec cette citation du Traité des cinq roues, lourde de sens pour celui qui voudra s’y attarder quelques secondes et qui prouve que l’héritage de ce personnage iconique est parfait pour retranscrire l’évolution et l’état d’esprit qu’un héros de fiction, de roman, de shônen ou de seinen doit adopter afin d’atteindre ses objectifs et faire évoluer son intrigue :

« Il n’y a rien en dehors de soi qui puisse jamais vous permettre de vous améliorer, de devenir plus fort, plus riche, plus rapide ou plus intelligent. Tout est en vous. Tout existe. Ne cherchez rien en dehors de vous-même. »
Miyamoto Musashi – Traité des cinq roues

🎑 Chronique D – 02 février 2021 🎑

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