Tous les ans, en mars, des milliers de voix s’élève haut et fort pour célébrer les femmes, leurs droits et l’égalité des sexes. En cette journée spéciale, il est question d’égalité et de parité. Ce jour de la femme est un excellent moyen de prendre du recul et de faire le point sur la condition des femmes dans le monde. Cette journée est une façon de montrer du doigt les inégalités et les injustices que les femmes subissent au quotidien mais également l’occasion de célébrer les victoires acquises. Et comme cette chronique est faite pour parler de manga, profitons de cette journée où les femmes sont mises en avant pour s’intéresser aux auteures de manga féminines. Vous l’avez compris aujourd’hui, on parle des mangakas qui ont su se faire un nom dans cette industrie un peu trop patriarcale.

Nobuko Yoshiya, l’écrivaine féministe avant-gardiste du shôjô moderne.

Nobuko Yoshiya

Très populaire mais aussi controversée, Nobuko Yoshiya, écrivaine activiste féministe, écrit dans les années 1900. Auteure du célèbre Hana Monogatari, une collection de 52 histoires (traduites en anglais sous le titre de Flower Tales), elle est la pionnière du shôjô moderne. La mise sur papier de sa saga Hana Monogatari posera la quasi-totalité des symboles et des codes du shôjô moderne. Avec une plume mélancolique et rêveuse, Yoshiya utilisera l’apparition de fleurs et précisément de roses comme l’incarnation de l’intensification émotionnelle de ses héroïnes, et c’est dans les illustrations de Junichi Nakahara que les énormes yeux pétillants d’émotion que nous connaissons verront le jour. Mais ce n’est pas tout : la majorité des histoires de sa saga Hana Monogatari présentera des relations de coup de foudre ou des désirs féminins non partagés, souvent pour un autre élève ou pour un enseignant.

Junichi Nakahara

L’âge d’or du shôjô manga

En 1953, Osamu Tezuka lance son Princesse Saphir, apportant une solution concrète aux shôjôs balbutiants écrits par des auteurs masculins qui peinent à atteindre leurs lectrices en s’appuyant sur son expérience en shônen et en y appliquant les mêmes techniques narratives. Puis, à partir des années 60 et petit à petit, le domaine du shôjô est délaissé par les hommes, et c’est au début des années 70 que tout se bouscule. Des auteures incroyables tels que Moto Hagio ou Riyoko Ikeda, probablement les seules à être connues hors du japon, mais aussi Yumiko Ōshima, Keiko Takemiya, et bien d’autres feront partie des mangakas qui marqueront l’âge d’or du shôjô.

Ensemble, ces auteures révolutionnaires donneront naissance au Groupe de l’An 24, ce fameux groupe informel de femmes qui a marqué l’histoire du manga. Ces auteures sont reconnues pour avoir apporté des nouvelles idées au genre : nouvelles thématiques, style d’écriture, codes graphiques… Ainsi, la fantasy, la science-fiction, la comédie ont dorénavant leur place dans le shôjô, avec bien entendu, toujours cette thématique sentimentale qui peindra un développement psychologique personnel et profond en toile de fond. Cette révolution, aussi bien graphique que scénaristique, tracera définitivement une ligne séparatrice profonde entre le shôjô et le shônen et, par la même occasion, s’émancipera de ce que Tezuka avait établi quelques années plus tôt avec Princesse Saphir : le shôjô moderne était né !

Rumiko Takahashi, la Reine du shônen

Véritable ouragan moderne révolutionnaire, Rumiko Takahashi est une des premières femmes mangaka à écrire du shônen, en tout cas à y avoir un succès similaire à celui de ses homologues masculins, et ce dès le début des années 80. Obsédée par le besoin de créer des histoires, Rumiko Takahashi sera le flambeau féminin permettant à de nombreuses auteures de se lancer dans le shônen. Urusei Yatsura (Lamu) et Ranma ½ seront ses deux premières œuvres révélatrices. Elle offrira avec Urusei Yatsura une gifle littéraire et réitérera l’expérience avec Ranma ½, démontrant qu’elle possède un véritable talent. Elle apportera la preuve que le shônen n’est pas un genre réservé aux hommes et que les femmes sont capables de batailler à armes égales (voire à faire mieux que ces messieurs!). Takahashi est une véritable icône dans le domaine, elle est respecté par ses pairs et a donné la poussée nécessaire à d’autres auteures pour oser faire pareil. Aujourd’hui, même si elles sont encore trop peu nombreuses, on connaît beaucoup de femmes mangaka qui ont prouvé qu’elles ont leur place dans le genre shônen.

Et la nouvelle génération ?

Hiromu Arakawa avec son cultissime Fullmetal Alchemist devenu un classique, un incontournable à lire. L’histoire complexe et émouvante des frères Elric qui, par amour pour leur mère, se sont essayé à l’alchimie. Ils ont malgré eux appris, qu’il est impossible de jouer avec la vie humaine sans y perdre une partie de soi-même. Devenus alchimistes d’état dans l’espoir de trouver la fameuse pierre philosophale, ils se lancent dans une quête profonde et personnelle de rédemption dans l’espoir de réparer leurs erreurs passées. Fullmetal alchemist, c’est donc l’histoire de deux frères qui, par amour, ont perdu gros, mais qui, par ce même amou,r peuvent gagner gros.

Shirai Kaiu et son tout récent The Promised Neverland où l’on suit les aventures et mésaventures de Norman, Ray et Emma, qui, suite à la découverte de la vérité autour de leur orphelinat et du monde qui les entoure, décident de quitter leur paradis onirique factice pour se réveiller sur une réalité cauchemardesque. Mais rien ne pourra les arrêter, ils feront tous pour protéger leur seule et unique famille : les autres orphelins avec lesquels ils ont grandi. L’auteure réussit avec brio une intrigue et un développement de personnages de haute volée, un pur chef-d’œuvre narratif et un futur classique en puissance.

Gotoge Koyaharu et son cultissime Demon Slayer. Prenons part à la quête de vengeance de Tanjirô afin de retransformer sa sœur en humaine, seule survivante du massacre de leur famille par un démon. Plongez dans cette histoire teintée d’un magnifique amour fraternel où les valeurs familiales sont mises au premier plan, le tout raconté sur une toile de fond plus sombre. Demon Slayer, écrit par la talentueuse Koyaharu, est la preuve que même le No 1 de l’industrie du manga n’est pas à l’abri de trouver un adversaire capable de passer devant lui… One Piece, prend garde à toi !

Longtemps rester cloîtrée dans des idées reçues et dans un état d’esprit trop fermé, l’industrie du manga n’a pas laissé beaucoup de place aux femmes mangaka. Pour régler cette situation, elles ont pris le problème à la source et ont réussi à prendre la place qui leur revenait de droit. Des débuts du shôjô jusqu’aux grands succès du Shônen, la route a été longue et elle est loin d’être terminée. Au fil des ans, de plus en plus de femmes mangaka se lancent à l’eau et montrent qu’elles sont aussi douées et talentueuses que leurs compères masculins.

Force est de constater que leur façon d’aborder un récit, leur talent, leur style d’écriture sortent du lot et se distinguent de la masse comme uniques, dignes d’attention et de succès allant même jusqu’à dépasser les premiers du classement : l’exemple de Demon Slayer détrônant One Piece qui était numéro un depuis plus de deux décades en est la preuve concrète.
Les femmes mangaka ont une façon toute particulière d’aborder une histoire, d’élaborer une narration, de développer des personnages, d’inclure des éléments nouveaux.
Cette méthodologie est propre à beaucoup d’entre elles et représente un atout, une carte maîtresse de taille qui nous amènera, nous lecteurs, à lire et à découvrir d’autres histoires plus passionnantes les unes des autres que les précédentes.

✨ Chronique D. – 09 mars 2021 ✨

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