Ça y est ! One piece entre dans son arc narratif final et nous rapproche encore un peu plus de la fin officielle des Big 3 (les trois mangas les plus vendus des années 2000 à 2010, soit One piece, Bleach et Naruto).

Mais alors que ce mastodonte est sur le point de mettre fin à une époque, il faut se rendre à l’évidence, le genre évolue. Séries plus courtes, sujets plus modernes, ambiguïtés entre les genres ou héros novateurs, le shônen d’hier n’est définitivement pas le shônen d’aujourd’hui.

Ce renouvellement dans le genre laisse place à d’autres mangaka, d’autres œuvres et d’autres idées qui sortent des codes établis depuis bientôt 30 ans.

Mais alors, concrètement, qu’est-ce qui est différent dans le shônen moderne ?

L’originalité comme tremplin pour faire mieux

Cette différence, justement parlons-en !

Les codes du shônen, qui régissaient les mangas jusqu’à maintenant, évoluent tranquillement vers de nouvelles recettes qui bouleversent les codes qui sont l’essence même du genre. Regardons ce qu’il en est avec les titres populaires du moment.

Dans Chainsaw man, Denji, notre héros, sort de l’archétype du héros shônen. Il n’a pas forcément le cœur sur la main ou n’est pas prompt à aider son prochain pour suivre ses valeurs.

Au contraire, Denji est un héros simple, vivant au jour le jour, niais et surtout égoïste. Il n’a pas de grand rêve comme devenir Hokage comme Naruto ou le futur seigneur des pirates comme Luffy. Denji ne veut que deux choses : manger à sa faim tous les jours et se prélasser dans les charmes féminins pour son bon plaisir ! Cette dissonance avec l’archétype du héros shônen traditionnel choque et attise la curiosité des lecteurs. Enfin un manga avec un gars ” normal” pour protagoniste ! Pour sûr, ce choix de l’auteur est en partie responsable du succès de son manga.

Dans un autre ordre d’idées, Spy x Family déroge aussi de la construction du shônen classique. Ici, pas de héros adolescent mais bien un espion incarné par un adulte qui, pour une mission, se lance dans la constitution d’une famille de couverture. On oublie donc la construction d’un héros et de sa quête initiatique : le manga se présente sous forme de tranche de vie humoristique avec trois personnages principaux. Le but du manga est de montrer comment la famille Forger arrivera à perdurer malgré les aléas et la mission de notre héros.

Et Samurai 8, le dernier manga de l’auteur de Naruto ? Masashi Kishimoto s’était, il y a quelque temps, lancé dans l’élaboration d’une fresque futuriste avec comme trame de fond l’héritage féodal japonais : les samurai. Le manga, qui fut écourté abruptement, a tout de même su marquer les esprits avec sa thématique fort particulière. Hachimaru, un enfant faible et sous assistance médicale depuis sa naissance pourrait jouer un rôle dans la survie de l’univers. La solution pour cela : trouver la boite de Pandore dans laquelle le dieu guerrier Fudô Myôô a enfermé le secret qui sauvera le monde. Un univers vraiment dense qui donne véritablement le vertige, un héros malade, chétif, et une modernisation poussée à l’extrême du concept des samurai. Un héritage si cher au cœur des japonais, qui a choqué et peut-être provoqué la chute de la série : nous avons là la recette d’un alien du genre qu’on n’a pas l’habitude de lire tous les jours.

Ces aliens du genre pullulent aujourd’hui. Il est important d’y voir, dans l’originalité et la distance prise avec les codes habituels du shônen, une évolution très positive pour l’industrie, les auteurs mais aussi pour les lecteurs. Ce parti pris s’avère être un pari gagné et qui, sans nul doute, montrera la voie pour d’autre mangas de cet acabit dans le futur.

Un nouveau shônen qui mélange les genres

Les mangaka aiment jouer avec les codes des différents genres. Shônen, shôjô, seinen… La ligne de démarcation est de plus en plus mince, hésitant à suivre les codes traditionnels, ce qui offre un style de shônen hybride entre les genres qui fait souffler un vent nouveau.

Publié dans un magazine de prépublication shônen, Horimiya aime jouer avec les codes. Ce shônen aux allures de shôjô a réussi à marquer les esprits dernièrement.

En suivant les aventures d’Hori et de Miyamura, c’est à travers un récit intimiste que le lecteur fait la rencontre de deux adolescents aux antipodes de ce qu’ils laissent paraître. Hori est la fille populaire de l’école mais redevient ”banale” quand elle rentre à la maison. Là où on pourrait la croire superficielle, elle se transforme en vraie fée du logis aux petits soins pour sa famille. À l’opposé, Miyamura, avec ses allures de premier de la classe renfermé sur lui-même, a du mal à sociabiliser. Mais, dès lors que la fin de l’école retentit, il se transforme et devient le gars cool, habillé à la mode avec piercings et plutôt extraverti dans la vie. Mais l’oeuvre est sublimée lorsque Hori et Miyamura découvrent leurs faces cachées respectives et font osciller le lecteur vis-à-vis de leur relation : tomberont-t-ils amoureux ou se cantonneront-ils à une simple amitié ?

Sortant des codes traditionnels du shônen, le manga penchera vers une direction généralement plus vue dans le shôjô. Cette comédie romantique unique créer un univers avec des personnages complexes et attachants qui font ressortir la maxime suivante : ne jamais se fier aux apparences !

Publié dans la superbe collection Moonlight de l’éditeur Delcourt-Tonkam, le scénario de Parasites amoureux est le parfait exemple d’un shônen résultant d’un mélange des genres. L’histoire raconte la rencontre entre deux individus qui se sentent exclus, chacun à leur manière, de la société dans laquelle ils vivent. Kengo est un jeune homme perdu dans sa vie atteint d’un trouble obsessionnel compulsif concernant les germes et les parasites, tandis que Hijiri est une adolescente déscolarisée.

Partant d’un postulat particulier, pour ne pas dire lugubre, le manga n’a aucunement l’air d’un shônen. Ambiance sombre, scénario tourné vers des troubles psychologiques, critique de société… Le manga, pourtant classé shônen, explore profondément la psychologie humaine et aborde des thématiques fort matures que l’on retrouve souvent dans le genre seinen.

Dans la même collection, on retrouve My Capricorn friend, sorti tout récemment, qui suit le même cheminement. Catégorisé shônen dans son magazine de prépublication, c’est bien un shônen déguisé en seinen que nous découvrons à la lecture. L’histoire commence par la découverte du cadavre de Kaneshiro, persécuteur officiel du cégep dans lequel Matsuda et Wakatsuki suivent leur scolarité. Matsuda, retrouvé proche du lieu du crime et avec l’arme du crime, est d’accusé d’avoir commis le meurtre, mais, au fil du livre, c’est le visage d’un ado réservé et en manque d’amitié qui ressort. En cavale avec le supposé criminel, Wakatsuki se pose des questions : Matsuda n’a ni l’allure ni la carrure d’un meurtrier… Se pourrait-il qu’il n’ait pas commis le meurtre ?

Ce scénario digne d’un manga policier psychologique dénote particulièrement avec les codes propres au shônen.

La création de la collection Moonlight est l’un des reflets les plus tangibles de ce nouveau basculement hésitant entre les genres de mangas. Les mangaka se permettent de plus en plus une grande liberté d’écriture afin de plaire et de faire correspondre leur manga aux thématiques et aux valeurs qui sont de plus en plus importantes pour les lecteurs du shônen. L’apparition de multiples shônen de ce calibre est une preuve flagrante que les lecteurs, notamment ceux de la tranche d’âge 12-17 ans, sont de plus en plus sensibles à ce genre de thématiques matures.

La création de la collection Moonlight est l’un des reflets les plus tangibles de ce nouveau basculement hésitant entre les genres de mangas. Les mangaka se permettent de plus en plus une grande liberté d’écriture afin de plaire et de faire correspondre leur manga aux thématiques et aux valeurs qui sont de plus en plus importantes pour les lecteurs du shônen. L’apparition de multiples shônen de ce calibre est une preuve flagrante que les lecteurs, notamment ceux de la tranche d’âge 12-17 ans, sont de plus en plus sensibles à ce genre de thématiques matures.

Alors, à quoi ressemblera le shônen de demain ?

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