Maître incontesté du manga d’horreur, Junji Ito est un mangaka fort particulier. Écrivain satirique, Junji Ito aime s’amuser avec le domaine de l’horreur. Les œuvres du mangaka abordent surtout avec des thématiques qui font froid dans le dos : légendes urbaines, phobies, troubles mentaux, psychédélique, yôkai ou encore cosmicisme. Faire peur, mettre mal à l’aise, donner la chair de poule : tels sont les buts que s’est donnés ce maître de l’effroi.

Gyo : un hommage à Lovecraft

” L’horreur cosmique, ou cosmicisme, est la notion philosophique sur la condition humaine et son insignifiance par rapport à l’échelle de l’univers, du cosmos. L’homme n’a que peu d’importance ou, plus précisément, l’homme ne mérite pas l’attention qu’il se porte. L’homme n’est rien d’autre qu’un amas de créatures sommaires et insignifiantes au regard de luttes d’influence à l’échelle cosmique, où des forces incommensurables dont la puissance, les enjeux et les forces dépasseraient notre entendement. “

C’est via cette maxime omniprésente dans les œuvres de Lovecraft que Gyo a probablement vu le jour. Véritable modèle pour Junji Ito, H.P. Lovecraft représente une des sources d’inspiration majeures du mangaka, qui confie de son propre chef : « Ce n’est pas vraiment le mythe en lui-même qui m’intéressait, [c’est] plutôt l’œuvre de manière générale, et sa façon d’aborder l’horreur, l’indicible… ». Cette façon d’aborder l’horreur, c’est l’horreur cosmique, ou le vertige cosmique.

Lovecraft lui-même semblait reconnaitre les horreurs qui se cachent dans les fonds marins : “Je songe au jour où ces créatures pourraient surgir des flots pour y entraîner dans leurs griffes nauséabondes les restes d’une humanité chétive et épuisée par la guerre – au jour où les terres sombreront, et où le noir fond des océans remontera pour émerger dans un monde livré au chaos universel.”

Gyo, avec sa thématique autour de l’océan et de ce que pourraient nous cacher les fonds marins, reprend donc les bases du cosmisisme. Cherchant à faire remonter une peur ancestrale, Gyo transmet au lecteur un sentiment de malaise et de dégoût vis-à-vis des potentielles créatures qui s’y cachent. Témoin de cette effroyable invasion marine sur la terre ferme, Tadashi se retrouvera pris dans une course folle. Munis de pattes d’insectes, ces mutants tuent et transmettent un virus inconnu. Ne connaissant aucune limite dans son évolution (poissons, requins, baleines…), le virus se met en chasse d’un nouvel hôte : l’être humain.

Faisant ressortir ses propres peurs, Junji Ito transmet une atmosphère angoissante et malaisante en couchant sur le papier ce qui représente probablement sa plus grande phobie. S’inspirant par la même occasion de Steven Spielberg et son Jaws, Gyo capture parfaitement l’essence de la peur.

Faire de l’épouvante un trait d’humour

Baigné dans les thématiques du frisson, Junji ito n’en oublie pourtant pas de plaisanter. C’est le pari fou et audacieux que l’auteur s’est lancé en 2008, avec la création du one shot Le journal des chats.

Coup de poker simple et convainquant, Le journal des chats nous permet de nous glisser dans le quotidien du mangaka, composé de sa femme, de son travail et de ses deux chats, Yon et Mu. Né avec une tête de mort sur le dos, Yon est un chat espiègle qui redouble d’efforts et de fourberies afin d’atteindre sa cible préférée : le maître lui-même. Ces quelques histoires courtes du quotidien arriveront à nous faire frémir de peur tout en nous pliant de rire. De la façon dont le mangaka voit sa femme aux coups bas de ses chats, l’auteur nous offre dans la confidence un récit drôle, horrifique et rafraîchissant créant par là-même un nouveau style : l’humour horrifique.

Junji Ito, le maitre de l’horreur qui sourit

Porte étendard du manga d’horreur d’aujourd’hui, Junji ito est pourtant un mangaka aux antipodes de ses œuvres. Prenant plaisir exercer son métier de mangaka, l’auteur prend aussi le temps de profiter de la vie. Il est surprenant de constater à quel point Junji ito est capable de se détacher de ses œuvres sans vraiment le faire, son caractère étant en total contraste avec les sujets qu’il aborde dans ses œuvres. Il suffit de voir la collaboration entre le mangaka et la maison d’édition américaine Viz Media, pour s’en rendre compte, à travers deux capsules vidéo : Let’s scare Junji Ito et Junji ito, is it scary ? . Ces vidéos nous permettent de nous glisser dans la tête de cet étrange personnage et de constater avec quelle facilité, le mangaka peut parler d’horreur et de l’aspect psychologique derrière ce genre. Une opportunité surprenante de comprendre le maître, ses œuvres et sa façon d’aborder l’épouvante.

Auteur encore trop souvent considéré comme underground, Junji Ito mériterait largement d’être plus connu. Remis sur le devant de la scène avec les dernières rééditions de Gyo, Tomie et prochainement Spirale, l’auteur refait parler de lui. Junji Ito, son style, son dessin et ses choix de thématique sont passionnants à découvrir. La nouvelle maison d’édition Mangetsu, composée de fans finis de l’auteur, s’est même lancée il y a quelques mois dans un projet fou : l’acquisition et la future publication de plus d’une trentaine d’oeuvres de l’auteur. Voilà l’excuse parfaite pour découvrir l’auteur, son univers et ses œuvres. En cette période d’Halloween, vous ne serez pas contre une petite frayeur ?

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