Passage obligatoire dès lors que l’on veut exporter un manga du Japon, la traduction d’un manga du japonais vers une autre langue peut s’avérer un chemin retors pour pas mal d’éditeurs. Entre les mots techniques, l’ancien Japonais oral, les jeux de mots, les mots existant uniquement dans la langue japonaise, certaines tournures de phrase peuvent parfois être difficiles voire impossibles à retranscrire dans une autre langue.
Les traducteurs, à ce moment clé, se doivent de faire certains choix de traduction ou tout du moins trouver une alternative similaire qui fait du sens dans la langue de traduction. Ces choix particuliers de traduction deviennent dès lors sujets à débat voire à polémique !
Cette exactitude dans la traduction d’un manga est une question importante à mettre en valeur. En quoi consiste une bonne traduction ? Faut-il rester fidèle le plus possible au manga d’origine ? La traduction des noms en japonais est-il pertinent ? Finalement, quelle est la meilleure traduction possible d’un manga ? Cette pléthore de questions reste encore et toujours sur toutes sur les lèvres.

Les rôdeurs de la nuit : la première traduction de Demon slayer

Véritable polémique au sein de l’édition et de la communauté des lecteurs, l’arrêt des premières éditions Demon slayer, tout d’abord nommé Les rôdeurs de la nuit, fut et représente encore un sujet sensible. Suite à son succès au Japon sous le nom Demon Slayer, la série a été mise en arrêt par la maison d’édition français Panini Manga et a véritablement failli ne pas voir le jour, la traduction du titre en français ayant fait grincer beaucoup de dents. Le sous-titre “kimetsu no yaiba” pourrait littéralement spécifier “Lame de destruction de diables” et ce titre traduit s’éloignait donc de la signification japonaise.

Initiative maladroite de traduction ou simple erreur ? Difficile à dire… Ayant surfé sur le tsunami de popularité que l’anime représente, Panini manga s’est finalement décidé à relancer la licence et de renommer le titre selon l’intitulé de l’anime à savoir : Demon slayer : Kimetsu no yaiba.. En tout cas, d’un point de vue de lecteur, je suis infiniment reconnaissant à la maison d’édition d’avoir écouté ses lecteurs et d’avoir persévéré dans la publication de cette pièce maitresse qu’est Démon slayer.

Le cas Katakuri et Usopp dans One piece.

Autre grosse polémique, qui a pris une ampleur assez importante auprès des lecteurs : la traduction des noms des personnages dans One Piece. Au même titre que kakarot (Goku) ou bejita (Végéta) dans Dragon Ball, qui font tous les deux références à des légumes, certains noms dans One Piece revêtent une importance toute particulière qui colle à la peau des personnages.
Ayant fait son apparition lors de l’arc Whole cake island, le personnage de Katakuri pose beaucoup de problèmes. Comme tous ses frères et sœurs qui font tous référence à un domaine de la pâtisserie, à une méthode ou encore à un aliment qui se mange, le nom de Katakuri, signifie “fécule de pomme de terre” en japonais et joue sur le contraste entre le ridicule du nom et l’enjeu que le personnage revêt en tant que villain de l’histoire. Chose importante, nous sommes ici sur deux interprétations significatives d’un même nom : sans traduction, là où le lecteur japonais lira “fécule de pomme de terre”, nous Occidentaux auront tendance à le voir comme un simple prénom.

Or cette version n’a pas du tout été conservée lors de la traduction en française. Désormais appelé Dent de chien dans la version française du manga, notre Katakuri national perd un peu de sa splendeur. Ce choix délibéré a pour but de respecter l’intention que l’auteur voulait instaurer afin de minimiser la sévérité du personnage au profit d’un nom plus que ridicule. Ainsi, la traduction du nom « Katakuri » en « Dent-de-chien » a été qualifiée d’« insupportable » par certains lecteurs allant à pousser certains à insulter les traducteurs et leur travail. Sur ces faits et afin de clore le débat, Glénat s’est exprimé ainsi :
En VO, “Katakuri” n’est pas un nom “charismatique” pour un lecteur japonais, il évoque au contraire le mot “katakuriko” qui est une farine (!) qu’on utilise pour faire des gâteaux. Si l’auteur avait voulu que ce personnage soit un modèle de charisme, il ne l’aurait pas montré en train de se gaver de donuts et ne l’aurait pas présenté comme boulimique au point de lui dessiner des points de suture sur les coins de la bouche. Vouloir à tout prix qu’il s’appelle “Katakuri” parce que le nom “Dent-de-chien” ne plaît pas n’est pas faire preuve de fidélité à l’œuvre originale mais revient au contraire à trahir la volonté de l’auteur et à nier cette part d’imperfection qui dérange, un peu à la manière de Flampée qui refuse de voir en cet homme autre chose que le frère idéal. “Katakuri” n’est pas un nom cool en japonais et il n’y a pas de raison qu’il le soit davantage dans notre langue.

Ce choix éditorial est intéressant à prendre en compte et nous offre plusieurs questions importantes sur lesquelles nous pencher : vaut-il mieux plaire aux lecteurs en gardant un nom qu’ils sont habitués à lire, ou respecter l’intention de l’auteur afin de garder une certaine légitimité et crédibilité envers l’oeuvre ? Dans notre cas, l’invention du nom Dent de chien est-il approprié ?

Cette polémique n’a pas de bonne ou de mauvaise réponse, mais elle n’est pas sans nous rappeler le souci que Glénat avait également rencontré au début de la traduction de l’oeuvre. La fameuse version Blanche de One Piece avec ses noms traduits fait l’écho de cette même problématique, et notamment la traduction du nom de Usopp en Pipo. Faisant clairement référence au mensonge en japonais (uso) et du fait que notre tireur d’élite est un menteur invétéré, Glénat à l’époque avait renommé notre froussard au grand nez par Pipo (un pipeau étant un mensonge).
Glénat a pris l’initiative avec sa nouvelle traduction de l’oeuvre, la version jaune, de laisser tomber ce nom de Pipo et de conserver le nom d’origine en japonais du personnage : Usopp (Usoppu). On peut donc se demander pourquoi Usopp a eu droit à un traitement de faveur dont Katakuri n’a pas eu la chance de bénéficier… Est-ce cohérent ? Je vous laisse trouver votre propre réponse.

Ces différents choix de traduction nous montrent bien une chose : que ça soit pour respecter une intention narrative de la part de l’auteur ou pour rectifier le tir, la transposition de terme du japonais vers une autre langue n’est pas chose aisée. Il n’existe probablement pas de bonne ou de mauvaise réponse. Dans un souci de respect de l’oeuvre, les maisons d’édition font leur possible afin de retranscrire le plus fidèlement possible les œuvres dont nous avons ensuite le plaisir de nous délecter. Les différentes questions soulevées plus haut plusieurs restent en suspens, cependant, je vous invite à vous faire votre propre opinion sur ces dernières et possiblement à nous les partager.

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Un avis sur “Le cauchemar de la traduction: le nemesis des lecteurs de manga !

  1. Mais au Japon, “Demon Slayer” est connu comme étant ” Kimetsu no Yaiba”.
    “Demon Slayer” apparaît parfois sur la marchandise parce que “l’anglais c’est cool”, mais c’est loin d’être utilisé ou connu de façon commune.

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